mardi 16 novembre 2004
Pour débattre du projet du traité constitutionnel européen, la fédération du PS a organisé samedi 6 novembre, une réunion opposant amicalement deux intervenants, l’un en faveur du oui, l’autre en faveur du non. Cette réunion a été à mon sens, bien plus constructive que ce que nous rapporte la presse nationale.
Ce débat interne aura permis à de nombreux militants, de se forger une opinion personnelle, et à défaut, de mieux appréhender le sujet.
Pour ma part, j’en ai retenu plusieurs conclusions.
SERONS NOUS REELLEMENT CONSULTER : J’EN DOUTE
Ce traité constitutionnel n’aura de valeur que si tous les Etats membres l’approuvent. Je doute fort que Tony BLAIR obtienne de ses concitoyens un blanc seing. Un non britannique viendrait donc clôturer préalablement le référendum français, économisant Jacques CHIRAC d’une consultation électorale sans doute périlleuse.
Les socialistes auront donc été les seuls à débattre, bel exemple de démocratie interne, mais avec les risques qu’un tel débat comporte. CHIRAC espère finalement que les socialistes s’étripent, pour ensuite refuser de saisir les Français, pour cause de rejet britannique ou autre.
PROBLEME DE L’UNANIMITE
A ceux qui prétendent qu’il est impossible de trouver une unanimité pour réviser le traité, il me semble logique de répondre, qui si une unanimité naît sur ce projet, rien ne peut s’opposer donc à ce qu’une autre unanimité se découvre un autre jour pour le réviser. C’est cela l’esprit européen. Et pensez qu’un Etat puisse demain jouer le ludion des USA, c’est estimer aujourd’hui qu’il n’est pas européen. A nous de mettre en place justement la solidarité européenne, au travers d’un lien fort que peut constituer un traité constitutionnel.
PROBLEME D’INTERPRETATION
Comme tout texte, certaines phrases peuvent donner lieu à des interprétations, et selon que l’on soit du nord ou du sud de l’Europe, ce sera plus une phrase ou un paragraphe qui posera problème. Mais à vouloir tout interpréter, le projet de traité constitutionnel aurait alors un contenu de 10.000 pages,…et nous trouverions encore sujet de discorde dans nos interprétations…, y compris entre socialistes.
Il en est ainsi depuis le premier traité européen ! Et chacun sait en France, que ce ne sont pas les lois qui obligent nos concitoyens au respect de la laïcité, ni au respect des lois fiscales, sociales, environnementales,… ! Les textes sont ce que nous en faisons. Et il est vrai que ce ne sont pas nos gouvernants actuels qui feront vivre ce document.
PROBLEME DE CONCURRENCE SOCIALE INTERNE
Une chose est certaine, ceux qui veulent faire du fric à tout pris, réussiront, traité constitutionnel ou non. Et le projet actuel permettra aux entreprises de se délocaliser en Europe de l’est. Comme c’est déjà le cas aujourd’hui. Et soyons clairs, aucun projet n’interdirait du jour au lendemain, cette délocalisation, sauf à payer pour mettre en place dans ces pays, des normes sociales équivalentes à celles de la France. Et qui accepterait de payer cette charge ? On peut constater que l’Allemagne a investi 1500 milliards d’euros en 15 ans pour remonter le niveau de vie de l’ex RDA. Et les études démontrent que la route sera encore longue.
En revanche, ce projet de traité constitutionnel donne des droits à certains salariés européens qui n’en avaient pas. Il impose la mise en place de normes sociales, certes à minima, mais c’est un début. Ce n’est pas simplement aux européens de « l’ouest » d’imposer des règles sociales à « l’est », encore faut-il aussi que cette volonté de progrès social viennent d’eux même, si nous souhaitons que ces règles demeurent. Au cas présent, nous les éveillons à un rêve commun.
VERS UNE EUROPE POLITIQUE
L’Europe économique est réalisée. L’Europe politique est en gestation. C’est d’elle que viendra un jour l’Europe sociale, si les européens viennent majoritairement voter pour une assemblée européenne plus rose. Car même si les Etats européens ont une majorité de Président ou de Premiers Ministres de gauche, encore faudra-t-il que le Parlement Européen soit de gauche ! Il en est ainsi d’une démocratie faite de contre pouvoirs. Qui s’en plaindrait !
Alors certains nous disent qu’il est impossible de réunir autant de pouvoir que les conservateurs. Mais alors, pourquoi la gauche européenne serait-t-elle incapable d’avoir cette majorité ? Sommes nous plus stupides que les conservateurs ? Ou sommes nous incapables de nous entendre sur l’essentiel, toujours à pinailler sur tel ou tel point !
L’HEURE DES CHOIX
Nous sommes à l’heure des choix. Nous savons bien que cette décision ne sera pas révolutionnaire. Mais à mon sens, elle constitue un pas en avant.
Un NON de la France pourrait être interprété (et relayé par les conservateurs européens) comme une volonté de « préserver nos privilèges », un OUi serait en revanche une invitation lancée aux européens de l’est, et d’ailleurs, à conquérir nos acquis sociaux.
En effet, le libéralisme vit des différentes contraintes juridiques, raison pour laquelle dans les pays développés, il combat « l’administration ». Le bénéfice engrangé par les entreprises correspond tout simplement à l’absence d’un système social dans certains Etats. Or, à terme, nous ne pourrons préserver notre modèle social qu’en invitant la population de ces Etats, dits de délocalisation, à solliciter la mise en place d’une législation du travail, du social, de l’environnement.
Au Parti Socialiste Européen de définir un idéal européen, un objectif à atteindre, relayer pour tous les partis socialistes nationaux.
Et les tenants du oui comme du non seront demain se réunir, car notre objectif final européen demeure le même. Seule la route change, il y a la sinueuse, il y a la révolution historique. J’ai choisi la première, convaincu qu’elle nous conduira plus vite, à un « mieux » commun.
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